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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 21:30

A travers les articles précédents, nous avons examiné une façon particulière de faire des impros de longue haleine. Nous avons analysé la structure générique d’une histoire ou d’une pièce de théâtre. Nous l’avons nommé CEPPRE. Voici en conclusion deux méthodes d'application de cette structure.

La méthode organique : On suppose connue les caractéristiques du CEPPRE, on réalise une impro de longue haleine sans trop y penser, en appliquant les principes de base. On suppose les phases connues par la troupe. On désigne éventuellement un coach qui va superviser l’impro. L'improvisation est totale!

La méthode structurée : On désigne un directeur de jeu. Celui-ci va travailler d'arrache-pied afin de produire une pièce structurée et ambitieuse en respectant la structure générique. Il va découper chacune des phases du CEPPRE en scènes. Quelques mots résumant chacune des scènes, sa distribution et son objectif sont affichés dans les coulisses. Les acteurs libérés de la diificulté de la création d'une histoire n’ont que leur personnage et les mots de celui-ci à improviser. Ils n'ont connaissance à l'avance que de leur personnage et peuvent ainsi le préparer. La pièce improvisée peut se jouer plusieurs soirs de suite en permutant les acteurs. C’est une manière pour une troupe d’improvisateurs de jouer, voire de rejouer une vraie pièce de théâtre, une création totale… Le fichier ci-joint est une transposition** de la pièce d’Hamlet inspirée de la vie de Vassili Grossman, un brouillon destiné à illustrer cette méthode -auparavant expérimentée ici : (L’art de monter une pièce en 2 heures chrono).

** La transposition est une méthode classique des écrivains de théâtre et de roman, à tel point qu'il est parfois très difficile de retrouver la véritable source de l'inspiration.

                                                         La transposition

La transposition

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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 21:22

J'ai passé une très belle soirée à Vidy pour voir Hamlet. Si je pouvais, j’y retournerais une deuxième fois, histoire de revoir nombre de subtilités qui ont du m'échapper. Ostermeier est un metteur en scène à la fois ludique et toujours assez rigoureux par rapport au texte. Il a poussé dans ses retranchements l'interprétation du texte d'Hamlet et le jeu de celui-ci. Son parti pris me semble être le suivant : Hamlet simule la folie, mais la folie prend possession de lui. Son simulacre sans rémission lui devient la seule voie possible. Ainsi, il y a peu de différence entre ses moments de lucidité et ses dérives. Cette interprétation nous prive d'un jeu de Hamlet plus contrasté entre folie feinte et lucidité. Néanmoins elle permet à l’acteur de laisser libre cours à une certaine spontanéité et d’interpeller le public. Il suit une femme sortant de la salle avant de réapparaître un peu plus tard en annonçant qu'elle est enceinte. Hamlet est déjà, dès la première scène tout aussi excessif que dans les dernières. (Les silences permettent au public de reprendre parfois pied et de jouer sur le rythme de la pièce.) Malgré ce choix, un peu réducteur, la mise en scène nous fait découvrir une interprétation à la fois innovante et respectant la forme du texte.

  • Nous sommes dans un monde totalitaire où le pouvoir semble omniprésent à travers surveillances et décisions arbitraires…
  • Le monologue « être ou ne pas être » est une parodie des discours de Hitler (avec son accent autrichien) avec un acteur se balançant entre les chaînes du rideau de scène. Il sait qu’il est épié et il en rajoute…
  • Tout en étant odieux avec Ophélie, avec forces mimiques, il lui demande pardon pour ce qu’il est en train de faire, sachant que ses ennemis sont en train de l’épier.
  • Polonius est à la fois drôle et détestable.

Ostermeier fait beaucoup avec peu. Par exemple, le roi s’exprime en public avec un micro pour marquer la solennité de son discours. Les changements de personnages ou les procédés de jeu ne sont jamais dissimulés au public : nettoyage, remaquillage… Ce que Hamlet n’arrive pas à dire parfois, il le montre en désignant le prompteur affichant la traduction. Nombre de scènes restent mémorables :

  • La scène initiale longue et entièrement muette.
  • Les interventions poignantes d’Ophélie. (Ostermeier pense qu'Hamlet commet l'erreur de croire qu'Ophélie est une ennemie)
  • Le théâtre dans le théâtre : parodie d’un théâtre glauque avec des acteurs travestis, nus et très moches.
  • La scène du duel
  • Les clowneries d’Hamlet
  • Les astuces pour ne jouer cette pièce qu'avec 6 acteurs

D’un point de vue du puriste :

  • Le jeu flamboyant d’Hamlet efface peu à peu celui de ses partenaires ; le roi surtout...
  • Laërte comme à l’habitude est un personnage un peu fade, alors qu’il devrait se conduire comme une star. Il est à l’égal d’Hamlet.
  • Les scènes des fossoyeurs et de Polonius demandant à Reynaldo d’espionner Laerte sont coupées (pour tenir en 3h).
  • Pour Ostermeier, Hamlet se méprend sur l’identité de celui qu’il tue et assassine Polonius en le prenant pour un rat. (version la plus classique)


Les plus grands metteurs en scène sont excessifs (Strehler, Ostermeier, Fomenko...) . Ils chargent leurs personnages, ils font maintes clowneries au cœur des moments dramatiques. Ils osent tout.

Ils se moquent de nous en vantant leur sérieux dans les doctes émissions de radio, mais ils sont capables de transformer la plus sérieuse des pièces de Tchekhov en une suite de loufoqueries ininterrompues.

Nous avons parfois, improvisateurs, le sentiment d'en faire trop. En voyant ces pièces classiques, je me demande si nous ne jouons pas avec plus de boulets aux pieds qu'il nous en paraît.

(Voir ici même une critique de la pièce sur le blog d'un passionné de Hamlet et qui défend la thèse d'un suicide programmé de Hamlet).

Lors du débat avec Thomas Ostermeier qui a suivi la représentation, celui-ci a parlé de son film "Hamlet en Palestine". Si le monde d'Hamlet nous paraît éloigné et schizophrénique, à nous européens, ce n'est pas du tout le cas en Palestine oú chaque garçon a fait au moins un bref séjour en prison. Les difficultés éprouvées par Hamlet sont significatives pour n'importe quel palestinien pris en étau entre les relations tribales de la société, les autorités palestiniennes et la pression constante des Israéliens.

Lars Eidinger dans Hamlet

Lars Eidinger dans Hamlet

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 00:08

Pour illustrer la technique des longues impros, il n'y a aucune raison de manquer de modestie et de ne pas s'attaquer à la pièce des pièces : Hamlet. Du point de vue de la structure, nous allons supposer que cette pièce est parfaite. De plus, comme beaucoup de pièces du génial Shakespeare, elle est pleine d'humour et très dynamique, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, à l'image de son héros Hamlet.

Vers une analyse globale et détaillée d'Hamlet

Pour pouvoir habiter la structure, nous allons analyser la pièce à la manière du CéPPré. Ensuite nous allons en faire une analyse textuelle détaillée avec une méthode originale comme un metteur en scène que nous ne sommes pas.

 

CéPPré : analyse de la structure de la pièce

Avec la structure du CEPPRE, ses 5 phases et ses 4 jalons, il est possible de résumer une histoire en 10 phrases.

Commencement

Le royaume de Danemark célèbre les nouvelles noces de la reine pendant qu'un spectre apparaît à minuit sur les remparts d'Elseneur

Evènement (J1)

Le spectre demande à Hamlet de le venger de son assassin : son frère, le Roi.

Premier essai

Hamlet tente de savoir si le spectre dit vrai, simule la folie et fait jouer une pièce de théâtre qui évoque les faits.

Première

Répercussion (J2)

 

Question

Hamlet acquiert la certitude que le roi est coupable, à la suite de son départ brutal du théâtre.

 

Hamlet vengera-t-il son père?

Second Essai

Il tue Polonius et il échappe à la tentative d'assassinat perpétrée par le roi

Final (J3) Retour de Hamlet à Elseneur

Résolution

Le Roi organise un duel entre Hamlet et Laerte, Hamlet tue le roi après la dénonciation de Laerte.

Epilogue

Après la mort de Hamlet, Fortinbras est le nouveau roi du Danemark

A l'écoute du texte

La technique d'analyse utilisée consiste à être à l'écoute du texte. Comme l'improvisateur qui accepte ce qui vient d'être dit et rebondit, l'analyste ne doit rien laisser passer des inférences du texte. Considérons qu'une bonne pièce comme une bonne improvisation se fait grâce à la progression à petits pas, sous forme d'étapes logiques qui sont autant de petits "oui et" -ou plutôt de "parce que"- qui expriment à chaque instant l'action, moment après moment, de manière linéaire.

Que nous apprend la pièce d'Hamlet?

L'analyse nous apprend que les metteurs en scène font une interprétation de la pièce. Pour que le texte colle à leur projet, ils éludent certains passages, insistent sur d'autres ou laissent dans l'ombre quelques incohérences. Voilà qui est rassurant et nous donne ainsi plus de marge de manoeuvre en tant qu'improvisateur de longue haleine. Dans le prochain article, nous verrons comment utiliser Hamlet pour agrémenter notre travail d'improvisateur.

Quelques pépites découvertes à l'analyse d'Hamlet

  • Hamlet épie et est épié. Il le sait parfaitement pendant sa tirade légendaire "Etre ou ne pas être"
  • Hamlet tue son oncle Claudius dans la dernière scène à la suite de l'enchainement implacable des évènements
  • Polonius est un espion et une personnalité politique de première importance dans le système totalitaire du Danemark
  • Hamlet simule constamment la folie en s'adaptant à chaque fois à ses interlocuteurs et à ses motivations. Cette folie feinte a mystifié la plupart des analystes, comme elle a mystifié ses adversaires. Elle a cessé de mystifier sa mère Gertrude après la mort de Polonius. C'est alors Gertrude qui continue à propager cette idée par fidélité à Hamlet.
  • Laërte n'est pas un personnage de seconde zone mais un personnage aux ambitions importantes.
  • Hamlet assassine Polonius en toute connaissance de cause. Pour lui, il est un des complices de l'assassinat de son père. (Là, il faut oser, mais pourquoi pas?)
Références
  • Belle Version radio de Daniel Mesguich, plutôt classique en terme d'interprétation.
  • Rares sont les représentations de Hamlet dans l'esprit d'un Hamlet dynamique, en voici une excellente pourtant, jouée au dernier festival d'Avignon 2013 : Hamlet60 avec interview de Philippe Mangenot

analyse d'Hamlet V1.03

Méthode d'analyse textuelle MATAM

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 22:07
Impros de longue haleine  (1/5) : la structure générique

Le travail sur les longues impros atténue la frontière qui peut séparer l'improvisation théâtrale du théâtre. L'ambition des impros longue haleine est de faire des spectacles d'un seul tenant, complètement improvisés. Pour réussir une performance de cette ampleur, tout en conservant la plus grande spontanéité, les joueurs doivent être le plus à l'aise possible avec les fondations d'un scénario solide. Ainsi, nous nous intéresserons dans les articles qui vont suivre aux techniques de base des impros de longue haleine. Le premier article est consacré à la structure générique d'une histoire, d'un film ou d'une pièce de théâtre. Celle-ci permet aux joueurs de se livrer plus complètement à l'improvisation, de se laisser conduire par les éléments qui émergeront grâce à la providence de l'impro, plutôt que par un scénario brouillon, les plongeant au cours du spectacle dans la confusion, l'anticipation et la réflexion.

La structure

Nous allons nous baser sur la technique du 126 CEPRE (300 exos), sur la charpente d'une histoire (MIT 97 Histoire à étapes). Les improvisateurs en respectant cette structure, en se coulant dans son moule, s'affranchissent en partie des difficultés de la création d'une histoire.

Commencement, événement, Premier essai, Second essai, Résolution, épilogue.

Nous allons étoffer cette structure que nous nommerons CéPPRé afin de la rendre plus solide et compatible avec des improvisations de longue haleine (10 mn à 1h30)..

Cette structure mémorisable sous la mnémonique de CEPPRE est décomposée en quatre phases et en quatre jalons dont trois sont particulièrement essentiels.

  • Du début jusqu'au jalon J1 -: (J1=20-25%) - La plateforme

La situation est stable. Elle est bientôt perturbée par un événement déclencheur qui va placer les protagonistes de l'histoire dans une situation nouvelle. Le jalon J1 marque l'embarquement du héros dans un monde où plus rien ne sera jamais comme avant.

  • Entre J1 et jusqu'au jalon J2 - le jalon médian de la pièce (J2=50%) - La réponse

Le protagoniste principal se retrouve embarqué dans une situation de réponse passive et de tâtonnements où peu à peu les difficultés vont s'accumuler et la difficulté de la situation apparaître dans toute son ampleur. Le héros, s'il en est, subit la situation et réagit de manière passive. C'est une phase d'apprentissage et de découverte de sa nouvelle situation. Le jalon J2 correspond à un basculement et permet aux protagonistes de voir avec clarté le véritable enjeu. Il se situe à la moitié de la pièce.

  • Entre le jalon médian J2 (50%) et le tournant (J3=75%) - L'attaque

Le héros ayant pris conscience des enjeux de sa situation va réagir dans cette phase de manière proactive. Il "attaque" jusqu'au tournant (J3) avant la résolution finale. Tous les éléments sont connus des protagonistes. Il n'y a plus ajout après ce stade de nouvelles informations. La plupart des informations présentes dans les parties précédentes seront réincorporées.

  • Entre le tournant J3 et jusqu'au jalon J4 (Point Culminant) - La résolution
    Le protagoniste principal se conduit en héros. Il va rassembler ses dernières forces pour résoudre le problème principal. Le point culminant est le jalon de plus haute tension de la pièce avant la dernière transition.
  • Après J4 (Point Culminant) - L'épilogue

Une nouvelle situation stable est établie. C'est l'épilogue.

Le coaching

Supposons que vous ayez une minute pour coacher une pièce improvisée qui va durer jusqu'à 90 minutes. Voici la structure d'un "coaching universel" qui peut permettre de démarrer sur des bases solides (et de minimiser les bavardages derrière la scène).

1. Idée de départ : la pièce improvisée se situe au Moyen Âge pendant les croisades

2. Répondre à la question: Et si?

Et si la croisade débouchait sur la découverte d'un nouveau continent paradisiaque où les protagonistes en oubliaient même leurs racines et le but de leur quête.

3. Les personnages principaux et surtout, ceux qui vont entrer dans la première scène.

Le duc d'Olange, dévot qui part dans l'espoir de ramener un collier précieux de la terre des dieux pour offrir à la duchesse

Piquetin, femme déguisée en homme qui suit les croisés et se doit de rapporter les agissements des chevaliers aux autorités restées en France.

Tavot, un mercenaire maure qui connaît le pays et épaule les croisés pour le solde.

...

Dans les articles suivants, nous analyserons cette structure plus en détail, de manière à la rendre praticable(2). Ensuite nous plongerons dans Hamlet(3), la pièce des pièces et verrons dans quelle mesure son étude peut nous aider à mieux comprendre la structure d'une pièce de théâtre et nous donner des pistes à explorer(4).

-> article 2

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 20:41

Le match d'impro est la forme de théâtre improvisé la plus pratiquée dans le monde de l'impro francophone. Le match d'impro a donné naissance à sa réplique : le catch impro.   Le catch impro est une forme d'épure du match d'impro. Si le catch (inventé par l'inédit théâtre) est apparu après le match d'impro, il devrait le précéder dans la pratique progressive de l'improvisateur, car son concept est beaucoup plus simple que le match d'impro. Il est un excellent moyen de formation à l'impro, car il permet de mettre aisément sous l'éteignoir les fantômes qui empêchent l'expression de la plus grande spontanéité. Le Catch impro nécessite une plus faible logistique que le match. Il est donc facilement utilisable dans tous types de salles de théâtre ou bistrots. Malheureusement, le catch impro implique un faible nombre de joueurs, ce qui le rend élitiste et offre peu de voie d'accès aux débutants. Sa pratique est très formatrice de telle manière que les meilleurs joueurs, sélectionnés, deviennent rapidement incontournables pour de futurs spectacles. Ceux qui n'en font pas n'ont pas l'occasion de bénéficier de ses bienfaits et ne sont pas sélectionnés et ainsi de suite... Le match d'impro à l'inverse a été fondé par des acteurs professionnels qui avaient une bonne connaissance du jeu théâtral et aptes à résister au stress, à varier le jeu avec tous les outils de l'acteur : réalisation du thème, émotions, personnages et catégories. C'étaient des chevaliers de l'impro, sans peur et sans reproche. Le match d'impro est donc une forme de théâtre qui peut être particulièrement subtil et sophistiqué. Cette forme nécessiterait des acteurs confirmés et capables de ne pas se faire happer par les dangers de la réflexion et du jugement, susceptibles de brider le jeu de l'improvisateur. Le match d'impro est une forme d'accomplissement de la forme courte permettant nombre de variations et de défis théâtraux : impros longues de 15 à 20mn, solo de plusieurs minutes etc... Ainsi dans la progression de l'improvisateur, à l'idéal, le match devrait être pratiqué après le catch. Les deux concepts ont cette particularité de transformer l'esprit de compétition en stimuli de la spontanéité invitant l'acteur à se dépasser. Cet esprit de compétition me paraît plus prégnant dans le match où les équipes participantes représentent un quartier ou une ville, alors que dans le catch les équipes changent au gré des associations des joueurs. Les deux formes de pratiques contribuent à la popularité de l'improvisation théâtrale.

La pratique de l'impro est peu subventionnée ce qui lui confère plus de pérennité. Son développement se réalise grâce à la passion et à la conviction de ses pratiquants. Ainsi, l'impro est indépendante le plus souvent, des subventions et des politiques. Les journalistes la mentionnent, ne la plébiscitent pas, même si tout le monde commence à savoir vaguement ce qu'est un match d'impro. Elle apparaît ainsi peu dans les médias et c'est tant mieux. Elle affleure parfois. Les médias sont versatiles et le public qui en découle est instable. Un public fidèle vaut mieux qu'un public volage. L'improvisation théâtrale creuse son sillon avec autant de discrétion que d'assurance, sans se laisser prendre par la girouette du temps. Le théâtre d'impro est jubilatoire et populaire. Il est ainsi un théâtre libre et nul doute que si une censure politique (L'improvisateur sait qu'il n'y jamais rien d'acquis et que tout peut arriver, la vie étant une lente impro) venait à voir le jour, il continuerait de se pratiquer sous le manteau. Au XVIIIE siècle le théâtre de la Foire à Paris contournait toutes les censures. Et même si nos politiques trouvaient un subtil moyen de l'entraver - respect du politiquement correct, certification impro obligatoire, taxation sur l'impromptu, principe de précaution de la parole énoncée - l'improvisation théâtrale continuerait. Le match d'improvisation a ceci d'extraordinaire qu'il permet à de multiples troupes de se rencontrer sans frein et sans barrières, autour d'un concept universel et partagé. Même les troupes qui ne font pas de match perpétuent cette tradition en invitant d'autres improvisateurs d'horizons différents. Alors au match d'impro, Chapeau bas ! Pour aller là où l'on va, ne perdons pas de vue d'où l'on vient !

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 20:10

Un lecteur m'a posé la question suivante : Lorsqu'un acteur rentre en scène, comment peut-il faire pour être concentré sur ce qui se passe, sans anticiper, sans a priori, sans se laisser envahir par des pensées (négatives), et en vivant simplement au présent ? Dans le titre, je parle de confiance en soi, car il semble que c'est cette sensation qui permet tout et qui permet à son script intérieur de s'exprimer et de prendre des risques. Avez-vous des astuces pour avoir cette confiance ?
  Je vais tenter modestement d'y répondre en me concentrant d'abord sur la préparation au jeu. Pour ce qui concerne la concentration lorsque l'on est déjà sur scène, elle est un thème central de 300 exercices - exemple le chapitre : L'acteur, le personnage et l'esprit logique- je ne manquerais pas d'en reparler sur ce blog.

Le joueur avant d'entrer en scène, sans se précipiter respire tranquillement et fait une discrète pause dans la position neutre, histoire de s'éprouver et de mesurer l'atmosphère du lieu. Il se parcoure rapidement avec la lampe de poche de sa respiration, des pieds à la tête. Je l'appelle le "scan". Ce qui peut se résumer par cette formule évocatrice : Il accroche le sourire intérieur.**

Cette technique est doublement efficace si elle est complétée par une technique de méditation au quotidien. La méditation n'est pas un machin ésotérique destinée à quelques initiés. Elle est aisément praticable et réalisée, avec une légèreté qui n'a rien é voir avec la pratique des grands spiritualistes ou des religieux. elle donne déjà des résultats. La méditation est la toilette de l'esprit comme prendre une douche est la toilette du corps. Elle consiste à observer ses propres pensées sans s'y arrêter, sans les prendre pour argent comptant. Elle est le meilleur moyen de ne pas être dominé par le réflexion machinale qui a tôt fait de prendre l'esprit en otage. Elle fonctionne sans doute pour la raison suivante : le cerveau a besoin de plages de repos et de déconnection. Il déteste la saturation prolongée, la stimulation à répétition. Il aime la quiétude et l'aube des grands lacs, afin de mieux appréhender la tempête qui va se lever dans la journée. Les inspirations comme des bulles d'oxygène se font ainsi visibles à la surface de l'eau. La méditation procure donc un léger recul au présent, elle engendre une subtile distance avec ses impulsions ce qui confère en quelque sorte une légère avance sur toutes choses, sans empiéter sur le futur. Elle augmente l'attention.

Dans ce conseil aux improvisateurs How to meditate away the stagefright, il est proposé pour conjurer la peur de monter sur scène, de compter sa respiration. C'est la méthode la plus classique de méditation, elle a traversé les âges. J'en proposerais une seconde, celle de Jean-Jacques Rousseau qu'il décrit dans ce chef d'oeuvre de la littérature française (ou sommet de la littérature genevoise suivant le point de vue où l'on se place) : Les rêveries du promeneur solitaire.

Cette méthode consiste à se plonger le plus profondément possible dans l'écoute de son environnement et de la nature. "Se suffir à soi-même comme dieu"... Restez immobile. Comme un ruban de Moëbius, l'état de méditation entraîne l'immobilté et l'immobilité facilite l'état de méditation. 

Afin d'illustrer l'état de méditation, prière muette, lisons ce texte de Rousseau. Celui-ci a médité toute sa vie en marchant, avec l'intensité d'un moine tibétain. Il était profondément chrétien et ses écrits ont notamment contribué à dépouiller la religion de ses oripeaux dogmatiques, à rapprocher la foi de l'homme au quotidien, à laïciser en quelque sorte quelques-unes de ses pratiques. Ce texte s'inscrit dans cette perspective.

  photo-3Best

 

Mais s’il est un état où l’ame trouve une assiette assez solide pour s’y reposer tout entiere & rassembler là tout son être, sans avoir besoin de rappeler le passé, ni d’enjamber sur l’avenir; où le temps ne soit rien pour elle, où le présent dure toujours sans néanmoins marquer sa durée & sans aucune trace de succession, sans aucun autre sentiment de privation ni de jouissance, de plaisir ni de peine, de désir ni de crainte que celui seul de notre existence, & que ce sentiment seul puisse la remplir tout entiere; tant que cet état dure, celui qui s’y trouve peut s’appeler heureux, non d’un bonheur imparfait, pauvre & relatif tel que celui qu’on trouve dans les plaisirs de la vie; mais d’un bonheur suffisant, parfait & plein, qui ne laisse dans l’ame aucun vide qu’elle sente le besoin de remplir. Tel est l’état où je me suis trouvé souvent à l’Isle de St. Pierre dans mes rêveries solitaires, soit couché dans mon bateau que je laissais dériver au gré de l’eau, soit assis sur les rives du lac agité, soit ailleurs au bord d’une belle riviere ou d’un ruisseau murmurant sur le gravier.

De quoi jouit-on dans une pareille situation? De rien d’extérieur à soi, de rien sinon de soi-même & de sa propre existence; tant que cet état dure, on se suffit à soi-même comme Dieu. Le sentiment de l’existence dépouillé de toute autre affection est par lui-même un sentiment précieux de contentement & de paix, qui suffirait seul pour rendre cette existence chere, & douce à qui saurait écarter de soi toutes les impressions sensuelles & terrestres qui viennent sans cesse nous en distraire & en troubler ici-bas la douceur. Mais la plupart des hommes agités de passions continuelles connaissent peu cet état, & ne l’ayant goûté qu’imparfaitement durant peu d’instants, n’en conservent qu’une idée obscure et confuse qui ne leur en fait pas sentir le charme.

5ième promenade. Les rêveries du promeneur solitaire

  ** La belle formule "Accrocher le sourire intérieur" qui m'a été soufflée par mon ami Nardo semble provenir du monde du tao. et du clown.

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 16:17

La rudesse est une sensation fréquemment discutée. Les joueurs en entrant en jeu s'attendent à un échange mutuel et équilibré entre les improvisateurs, ils sont déstabilisés lorsque l'équilibre entre les participants leur semble mal réparti, lorsque leurs propositions sont déniées. Il arrive que les deux acteurs partagent cette perception et se rejettent mutuellement la responsabilité de ce comportement. Le joueur ressent de l'amertume et ce sentiment est de nature à diminuer la qualité de sa prestation. Il est parfois difficile d'analyser avec objectivité une improvisation où affleure la rudesse. Qui a commencé? Etait-ce vraiment de la rudesse? Justifiée ou non, cette impression plonge malheureusement le joueur dans le jugement. Il existe une différence ténue entre le jugement porté sur les autres et le jugement de soi. Nous allons réfléchir à quelques façons de conjurer cette sensation qui, en appelant à la réflexion critique et à l'esprit logique, annihile la spontanéité.
La première technique envisagée pour conjurer la sensation de rudesse, consiste à ne pas en prendre ombrage. Le joueur A face au joueur R (supposé rude) fait le gros dos et laisse faire. Il se dit que son tour viendra. Si sa proposition est refusée, il n'insiste pas, ne la redouble pas. Celle-ci est déjà tombée dans les oubliettes de l'impro. Il suit avec détachement. Le spectacle ne se réduit pas à une seule impro et l'équilibre se fera sur les impros suivantes. Le public veille lui-même à cet équilibre. Quand bien même, si le public ne semble pas par ses votes respecter la balance, il vous sera toujours reconnaissant d'avoir laissé s'exprimer l'équipe qu'il lui semblait préférer. Si le joueur R occupe délibérément le terrain en laissant peu de place à A, il vaut mieux, là encore, ne pas chercher à forcer le passage. A peut suivre (51 Double miroir), en rajouter par la répétition (61 Passage de relais). A lâche du lest, il ne contre pas le joueur R et lui laisse le champ libre. Il ne se crispe pas en commencant à se dire, " je n'arrive pas à en placer une ". A peut continuer à adopter une attitude d'acceptation (98 Oui-Oui) voire de suracceptation (99 c'est génial). Il peut même adopter un profil plus bas et ne pas hésiter à servir la soupe à son aîné, (158 Le clown blanc et l'auguste/L'aîné et le cadet) il n'hésite pas si nécessaire à montrer son admiration envers le joueur R. Il sait qu'adopter un profil bas dans une impro laisse augurer un basculement en fin d'impro. Au spectacle, c'est toujours l'auguste qui obtient les faveurs du public face au clown blanc, son aîné.
Si le joueur R s'affiche comme particulièrement désobligeant en roulant A dans la farine, il convient de ne pas s'y arrêter. Cette attitude n'est pas du ressort de A, elle est plus une projection des tourments du joueur R et de sa relation face au jeu. S'y arrêter entraînerait le joueur A dans son propre jugement et serait donc de nature à donner raison au joueur R, qui aura réussi finalement à se mettre en lumière en déstabilisant définitivement son partenaire.
Autre solution. Elle est plus complexe et consiste à ne rien laisser passer : "Comment, c'est comme cela que tu me traites, moi qui...?"  A se fonde sur les sentiments qu'il éprouve pour relancer l'impro, (102 en t'écoutant, je ressens). Il peut aller plus loin en jouant le conflit. ( 110 Chien et Chat). On a peu l'habitude d'affronter les conflits directs en match d'impro. "Tu ne cesses de me faire des reproches, mais toi aussi tu ferais mieux de te regarder dans la glace?" Le conflit nécessite de gérer l'acceptation au niveau du jeu de l'acteur et non au niveau du signifiant. C'est casse-gueule, car les joueurs A et R ne sont pas arrivés à se mettre d'accord au premier niveau. Faire silence est une bonne solution (79 Actif et immobile). S'immobiliser, faire partager son expérience avec les yeux. Le regard au public permet de maintenir le contact avec celui-ci. (60 Les yeux pour témoins). Exercer une activité. (74 Manipuler des objets à portée de main).
La rudesse est le manque de politesse de l'impro. Une fois que les règles de politesse sont connues et acceptées, on peut les oublier, car on peut supposer qu'elles font partie de l'ADN du joueur. Il est bon de préjuger son partenaire comme parfaitement apte à diriger le jeu, de lui prodiguer toute sa confiance et de considérer que ce qu'il fait est parfait. (99 C'est génial).

Ainsi, une autre façon d'aborder la rudesse, c'est de nier totalement son existence. Si cette notion est à discuter, elle le sera après le spectacle seulement. Le concept de rudesse serait donc absent, par définition, pendant le spectacle d'impro.
Si A entre en vieil homme et que R le prend pour son fils ou si R l'appelle Martha, A endosse le plus rapidement possible ce nouveau déguisement offert par à la providence de l'impro. Laissez-vous imposer des contraintes avec jubilation. Il existe de nombreux exercices d'adaptation à celles-ci. (31 Le tiroir à personnages) (156 L'aboyeur). A endosse chacune des propositions qui lui sont faites avec enthousiasme. Il accepte. Sans entrer dans le jugement. Le public est très réceptif à ces moments où le joueur est obligé de s'adapter à l'instant aux contraintes extérieures contraires à sa première intention.
En résumé pour conjurer la rudesse et l'amertume qui l'accompagne :

  • Accepter et suivre en attendant son tour de briller.
    • Suraccepter.
    • Adopter l'attitude du " cadet " admiratif.
    • Faire partager son expérience avec le public en étant immobile ou en exerçant une activité.
  • Nier l'existence de la rudesse.
  • Endosser immédiatement, avec jubilation, toute proposition externe.
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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 10:39

 Quatre bonnes émissions sur le théâtre, qui me semblent parfois faire écho à 300 exos...

Rousseau - Diderot

Stanislavski

L'art du comédien classique
Déconstruire aristote

On trouvera bientôt les enregistrements dans mon petit musée sonore.

Sur Improse 1, 2, 3, 4

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 00:15

Avec le Théâtre Tout-Terrain, nous avons eu carte blanche pour une soirée d'improvisation d'environ 1h45, en mars 2012 à Etrembières en Haute-Savoie. Voici comment celle-ci s'est déroulée. Il y avait environ 200 personnes dont la plupart découvrait l'impro. Nous étions six sur scène . Cinq comédiens et moi-même, qui officiait en tant que maître de cérémonie et arbitre.

Mon objectif était de requérir le maximum de participation du public afin de ne pas avoir à proposer les thèmes d'improvisation, juste à avoir à gérer les catégories et le rythme du spectacle. Je débute le spectacle seul sur scène pour faire partager au public les principes de l'improvisation. Voici le canevas du discours tenu.

 

Mesdames et messieurs, nous allons explorer les principes de l'impro avant de laisser les joueurs s'exprimer avec ses mêmes techniques.

Amuse-toi

Le premier principe est un principe de jeu et de plaisir. Ainsi, même si je requiers votre participation, je vous demanderais de ne pas vous lever si vous n'en avez pas envie. En effet, nous ne sommes pas au club Med. Nous n'allons pas faire la danse des canards, Vous êtes venus et votre désir est d'être tranquille et de vous asseoir dans la salle sans avoir un histrion qui vous demande à faire de l'aérobic théâtral. Alors si vous êtes dans cet état d'esprit, c'est parfait. Restez assis sur la chaise et écoutez. C'est une forme de participation parfaite et puis il y a le silence et l'immobilité qui sont très riches. (je reste immobile 15 secondes... Applaudissements). Ainsi ne se lèvent et ne participent que ceux qui en ont envie.

Anime

La seconde technique indispensable à l'impro est l'expression corporelle. Prenons un exemple, vous n'avez le droit de faire que trois choses.

La première, ce n'est rien. Ne rien faire : juste ce calme et cette immobilité dont nous parlions

La seconde est de tourner la tête à droite ou à gauche. La troisième est de lever le bras. À Vous ! Si vous ne savez pas quoi faire suivez votre plus proche voisin. Ou bien ne jouez pas... Soyez d'abord paresseux. Il n'est pas nécessaire de se compliquer l'esprit en improvisation.

Nous venons de décliner ainsi un autre principe : la synergie, l'harmonie du groupe.

Ecoute

Je vous propose d'écouter la forme du silence, de palper les ailes du silence pendant quelques secondes, yeux fermés ou pas et de surfer sur un maximum d'éléments sensoriels.

(30 secondes de silence)

Ose

Voici un autre principe indispensable à l'impro. C'est le courage. Le courage d'oser dire des bêtises en public ou tout au moins de se mettre à parler sans savoir à l'avance ce que l'on va dire, en découvrant au fur et à mesure ce que l'on va dire en même temps que le public. Oser dire la première chose qui vient à l'esprit. D'avoir le courage de tomber, de ne pas en faire une affaire, de se relever et de recommencer. Je vous propose l'exercice « Superman » Tpus ensemble. "Je suis superman parce que...". 

Un autre exercice . La sauterelle qui avait une jambe de bois...

Percute

Un nouveau principe que nous allons mettre en lumière. Être ancré dans le présent. Je dis ce que je fais. Dire ce que l'on fait en même temps que l'on le fait. Tous ensemble... « Je lève le bras. Je baisse les yeux. Je m'assois, je me lève... »

Ensuite Charabia. Je fais une démonstration et demande au public de faire de même.

Accepte:

Engager une courte conversation avec son plus proche voisin, la plus banale possible, et toujours commencer par Oui. Faites mousser.

« Vous avez une jolie chemise. Oui, c'est un cadeau, j'aime le rouge...
« Oui j'aime le rouge quand il est bien assorti.».».....

Ensuite, les comédiens entrent du fond de la scène dans une chorégraphie de groupe. Ils montent sur scène, interprètent un hymne. Je les présente un à un au public  et ils rejoignent les 5 chaises en fond de scène qui font face au public.:

Bernardo : fondateur du théâtre TTT. Si les clowns étaient parachutistes, il serait le chef du commando. Il est capable avec sa troupe de monter un spectacle en respectant la règle des 3X1 : 1 h de réflexion, 1h de préparation, 1h de répétition. Il est plusieurs fois médaillé olympique . Clown théâtre, Clown analyste et clown improvisateur.

Jacquo : À l'heure où les jeunes improvisateurs blasés se posent des questions existentielles sur leur métier, lui il dévore l'impro sans retenue. Solide comme un roc, il est le Chevalier Bayard de l'impro, sans peur et sans reproche.

Pascale : les personnages se bousculent à sa porte pour passer à la postérité. Elle est de plus la diva de la troupe, capable de transformer n'importe quelle soirée arrosée en tube de l'été ou conte de fées.

Nicoton : Elle a remporté le marathon du conte improvisé : 42 km de lignes blanches. Elle est capable de réciter sans discontinuer, sans hésiter tout en respectant les règles de la ponctuation improvisée. Elle a toujours un prompteur devant les yeux, mais personne n'a jamais pu le lire derrière son épaule.

Claudio : Il est le plus grand acteur comique de Haute-Savoie. Complet, il a toujours un dictionnaire de jeu de mots sous le coude et connaît toutes les postures corporelles du Kamasutra du comédien. Mes enfants, lorsqu'ils s'ennuient devant la télé, réclament Claudio. Malheureusement, il n'apparaît que sur une seule chaîne : celle du TTT.

Le spectacle débute. Il est orchestré à la manière d'un Catch Impro Maison. Avant chaque improvisation, je demande trois mots au public ou une suggestion de type sauterelle avec une jambe de bois. Les mots fusent. Je propose à chaque fois une nouvelle catégorie. Les joueurs n'ont pas droit à un caucus. Il n'y a pas de vote. Les comédiens ont peu de répit si ce n'est au moment de l'histoire racontée par un membre du public. Le spectacle se termine par une chorégraphie de la troupe au milieu du public.

 

NOM DU STYLE REMARQUES
IMPROS / JEUX COURTS
Traduction charabia (x2) Un interprète avec un conférencier en charabia
Impro Immobile avec démarrage sur posture immobile
Changer de sens (x2) sur injonction du public : changer de réplique
Surf émotionnel Clown ressenti – Une émotion par réplique
Monologue collaboratif (x2)
Personnage
2 voix pour une seule histoire
Deux en un 2 comédiens parlent d'une seule voix (miroir)
Ainé – Cadet (X2) Un profil haut – un profil bas
Thérapeutique de bistrot A la manière de Dubillard (x2)
Chef d’orchestre (zapping) (x4) Narration sur injonction du MC
Un bulletin d’informations (x4) Choix de 4 chaînes radio ou télé : Météo, sport politique, culture,...
Impro avec mots lancés au fur et à mesure par le public
Grimace (2)
Bonimenteur Vendre quelque chose au public
Zone d'émotions La scène est découpée en 4 zones : joie, colère, tristesse, crainte
Chambre d'échos (x4) Les 2 comédiens derrière ne font que répéter ce que dit leur partenaire
Bras, tête, jambe sur le Banc (3) 3 gestes codés possibles. L'art de faire beaucoup avec peu
Grimace (2)
IMPROS LONGUES
Clowns démarrant ensemble en parlant en même temps (x2) Ensuite impro normale
Silence Pas de paroles
Aboyeur Un comédien annonce chaque personnage qui traverse la scène
Impro avec masque – d’oiseaux
Impro Auditive sur un banc (x3) 3 personnes assises dans le noir avec bruitage et dialogue
Libre
Progressif de 15s à 3mn
Dégressif de 3mn à 15s
Prologue Anecdote racontée par le public suivi d’une ou plusieurs impros
Impro sur échiquier Les comédiens se déplacent comme s'ils étaient des pièces sur un échiquier
Le rêve Rêve raconté par le public suivi d’une ou plusieurs impros

  J'ai fait arbitre (2)

 

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 21:15

J'ai eu l'occasion de voir plusieurs pièces du "théâtre de répertoire", c'est l'expression utilisée par les acteurs de la troupe de Piotr Fomenko. Ils mettent en scène une pièce écrite par un grand auteur comme Tchekhov et jouent cette même mise en scène pendant des années. En tout cas, ils arrivent avec dextérité à transformer un texte qui n'est pas nécessairement hilarant en première lecture comme les trois sœurs de Tchekhov ou Loups et Brebis d'Ostrovski (Le molière russe) en un véritable terrain de jeu complètement loufoque.

À se demander s'il existe quelque part un art dramatique avec un grand A car il semble qu'avec ses diables de Russes, il soit possible de tout tourner en dérision, de rendre le théâtre léger et drôle en toutes circonstances.

Les recettes de Piotr Fomenko et (dans une moindre mesure de Youri Pogrebnitchko) sont aussi simples qu'habiles à dissimuler le travail énorme réalisé par les comédiens : il se passe toujours quelque chose sur scène et les acteurs ne cessent pas de manipuler un objet quelconque. Pour Piotr Fomenko, les objets font partie intégrante de la mise en scène. Cette manière de mise en scène sans répit donne une impression de légèreté aérienne,'de naturel et de fluidité extraordinaire au jeu des acteurs. Même le personnage le plus noir est sujet à de multiples détournements et truculences, Les acteurs en proie aux émotions les plus diverses continuent de manipuler... un coussin, une bouteille de vodka, une serviette de table en les détournant souvent de leur fonction première. La nappe sur la tête des acteurs exprime par exemple leur timidité à engager la conversation.

Selon les acteurs, leur travail n'a rien à voir avec l'improvisation. Ils s'éloignent de la méthode Stanislavski car ils travaillent dès le début avec des objets réels et non avec des objets imaginaires.

Voici une petite liste de manipulations réalisées par les acteurs : Enlever des gants, mettre ses bottes, serrer ses lacets, enlever un manteau, mettre un chapeau, jouer avec un châle, manger un œuf dur, caresser des étoffes, un rideau, frotter ses pieds, jouer du piano, jouer avec une petite cuillère, rajuster son col, jouer avec une serviette de table, sauter par-dessus une valise avec ou non un plateau à la main, jouer avec une poupée ou un ours en peluche, monter sur une échelle, déplacer un pot de fleurs, allumer une bougie, se couvrir avec une couverture, mettre un chapeau avec un voile, ajuster une robe de chambre, calculer avec un boulier, trier des papiers, jouer avec une plume, avec un encrier...

Pièces Vues

Les 3 soeurs de Youri-Pogrebnitchko

Loups et Brebis et le Bonheur conjugual de Piotr Fomenko

 





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