Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 08:54

"Tant les entrepreneurs que les joueurs sont gens ignares, artisans mécaniques, ne sachant ni A ni B, qui jamais ne furent instruits et davantage n'ont langue diserte, ni langage propre, ni les accents de prononciation décente... Ces gens non lettrés ni entendus en telles affaires, de condition infâme, comme un menuisier, un sergent à verge, un tapissier, un vendeur de poissons, ont joué les actes des Apôtres..."

Ce texte est extrait d'un arrêt du parlement en 1542 interdisant aux spectacles populaires comme les Mystères de se produire. Ces injonctions ont été renouvelées en 1548, en 1615. Sous Louis XIV, le monopole du théâtre fut attribué aux comédiens français contre les comédies à l'Italienne qui les concurrençaient. Au XVIIIe siècle, on interdit aux pantomimes populaires du théâtre de la Foire de proférer le moindre texte. Ils continuèrent à jouer de manière muette ou chantée sans perdre leur public. Les comédiens professionnels étaient organisés en confréries ou jurandes qui ne souffraient pas la concurrence des amateurs et postulaient le monopole du métier. La France depuis le XVI siècle et surtout depuis la révolution est organisée sous un mode centralisé avec un cerveau administratif qui innerve ses départements. À l’image du pays, Paris était le cerveau organisateur. Au milieu du siècle dernier, les gouvernants et hommes de théâtre entreprirent pour la première fois de changer cet état de fait grâce à ce qu'ils appelèrent la décentralisation théâtrale. Ils ont en grande partie atteint leur objectif puisque aujourd’hui on trouve des Centres dramatiques dans toutes les régions de France. Ce ne fut pas chose facile.

Si l’on examine l'histoire de l'improvisation théâtrale sous cet angle-là, la décentralisation s'est opérée le plus naturellement du monde. Ce ne fut pas une décision centrale. Ce fut un phénomène spontané conduit par amateurs et même professionnels parfois, main dans la main. Il ne viendrait à l'idée de personne de dire que l’on y improvise mieux à Paris qu'à Brest ou Bordeaux. Il ne viendrait à l'idée d'aucun improvisateur parisien de lancer une campagne de dénigrement de l'improvisation en Province. Aujourd'hui dans chaque ville de France, on peut espérer trouver une troupe d'impro et remplir une salle. Grâce à l'impro, les acteurs sont créateurs à part entière et trouvent leur public. Le concept du match d'impro permettant de faire se rencontrer des joueurs qui ne se connaissent pas, l'organisation en réseau (avant Facebook) des associations ont permis une expansion particulièrement rapide et solide de ces dernières années. Celle-ci s'est forgée d'en bas et non à partir d'une décision administrative quelconque. À la manière du langage politique, nous pourrions avancer la constatation suivante: "l'impro a parfaitement réussi sa décentralisation théâtrale".

Impro et décentralisation théâtrale
Repost 0
29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 10:15

Carlo Gozzi est sans doute le dernier grand défenseur de la cause de la Commedia d'ell arte avant son "extinction". Cet homme de théâtre avait écrit nombre de pièces de théâtre comportant des espaces destinés à l'improvisation des comédiens. Il est également un écrivain génial, son chef d'oeuvre "Mémoires inutiles" est à la hauteur au XVIIIème des confessions de Rousseau...

Son ennemi juré s'appelait Goldoni. Il lui trouvait un talent certain, mais très mal employé. Surtout il détestait la propension de Goldoni à vouloir moraliser le théâtre et à y éradiquer le moindre souffle de spontanéité, à chercher à imiter Molière sans en avoir la flamme.

"Monsieur Goldoni abandonna et persécuta ce genre pour une raison pratique. Les canevas à l'impromptu ne lui rapportaient que trois sequins chacun. Les comédies entièrement écrites pour les acteurs dits cultivés lui rapportaient trente sequins. Ce courageux ennemi de la commedia d'ell arte italienne n'a fait que porter préjudice à ce métier, harceler nos comédiens pour qu'ils ne s'exercent plus au jeu à l'impromptu, vicier le public et le rendre désireux de ce qui est impossible."

 

Dans ce livre, récemment traduit de l'Italien, Carlo Gozzi nous donne une bonne idée des difficultés de la comédie italienne juste avant sa disparition. Il y décrit bien ce concept d'improvisation basé sur des canevas et des personnages prédéfinis et dont les dialogues sont entièrement improvisés.

"J'espère que l'on me concédera que la comédie à l'impromptu réside dans les dialogues improvisés qui la composent et non dans une intrigue improvisée... Celui qui verrait le canevas qui sert de trame aux talentueux comédiens chaque soir, affiché sous un lumignon pour guider aisément toute la troupe, n'hésiterait pas à dire que la comédie est à l'impromptu, et il s'étonnerait que, à partir des quelques indications contenues dans une feuille de papier, dix ou douze personnes s'exposent courageusement devant un public pour monter un spectacle constitué de dialogues durant trois heures, amusant les spectateurs sans faiblir et conduisant l'intrigue proposée à son dénouement."

 

On y apprend que les acteurs Italiens sont à l'époque fascinés par tout ce qui vient de France, alors qu'à Paris, il y a peu de temps encore, la comédie Italienne y était extrêmement populaire. Les troupes délaissent ce qui a fait leur force pour peu à peu se tourner vers l'écriture, loin, selon leurs arguments, de la vulgarité des comédiens Italiens. Dans cette perspective Gozzi s'attache à démontrer que les pièces écrites sont encore moins morales que les pièces à l'impromptu en prenant pour exemple une pièce en vogue.

"Une poignée de rapaces, ou d'illuminés, enragent de voir la faveur dont jouit auprès du public l'ancienne commedia dell arte, et l'accusent, avec la voix ridicule de l'envie, de corrompre les "jeunes filles", « les"femmes" et les "serviteurs", quand cette dernière au contraire n'est faite que de spectacles d'un merveilleux rudimentaire et populaire, guidés par le châtiment du vice et l'exaltation de la vertu, où de franches, vives et plaisantes parodies de mœurs, divertissements innocents, "licites'", "codifiés", "réalistes"-  sont l'apanage et l'honneur de notre patrie. Je ne défendrai jamais les trivialités qui peuvent échapper malencontreusement à un comédien dans la chaleur de l'improvisation, et il est bon que l'on surveille ces écarts d'un œil attentif et circonspect, qu'on les corrige et qu'on les punisse ; mais est-il possible de considérer comme une menace à la morale un divertissement amusant et fantasque, concret et extravagant, auquel on accourt, pour reprendre les termes de ses amorphes détracteurs «seulement pour le plaisir des yeux et des oreilles» et non pour celui de «l'esprit» et du «coeur» ? 

Cette façon de faire pour les acteurs italiens ne se fait pas sans mal, car l'apprentissage par coeur d'une pièce de théâtre requiert un travail particulier que les acteurs ne savent pas toujours accomplir.

"Les œuvres théâtrales écrites doivent passer de l'esprit au cœur pour être bien jouées. Si elles n'ont pas fait le premier chemin vers l'esprit, elles ne peuvent pas faire le second vers le cœur et s'avèrent être sur scène une production pauvre, froide et poussive de cerveaux embrouillés et pressés d'en finir."


Gozzi s'insurge contre ces mauvais dramaturges qui écrivent des pièces sans âme, en espérant imiter le modèle français, alors qu'une pièce improvisée a de quoi ravir le public sans prétention. Il y développe ainsi une vision d'un théâtre modeste.

"L'art dramatique" doit-il, comme nos imposteurs le réclament, être plus qu'un "honnête divertissement", et "servir" à l'édification des peuples ? Soit, mais n'oublions pas que le théâtre est une école universelle. Je ne défends pas la barbarie, mais je rejette la fausse sublimité de cette science qui, depuis l'autre côté des Alpes, veut se faire adopter chez nous."

Repost 0
10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 00:00
Si le système de Stanislavski est universellement reconnu dans le monde du théâtre, l'histoire oublie parfois l'expérience radicale de Jacques Copeau. Celui-ci, au sortir de la Première Guerre mondiale envisage de ressourcer le théâtre. Pour cela, il s'éloigne des textes du répertoire et se fonde en particulier sur l'improvisation et l'exploration des styles comme ceux de Molière ou Shakespeare. Rendons ce crédit à Jacques Copeau qui, d'une certaine manière, revitalise complètement le théâtre français au début du XXème siècle avec une pédagogie fondée sur l'improvisation (à tel point qu'il se désintéressera des textes pendant quelque temps). Voir cet article de Michel Saint Denis.
Repost 0
1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 00:00
France-Culture nous propose quelques émissions sur l'histoire du théâtre. Les émissions sont pédagogiques et tentent de nous donner un aperçu de l'approche des grands maîtres du XXème. Les écrits de Stanislavski grâce à l'ouverture des archives russes sont en cours de retraduction. Stanislavski est donc soumis à une complète réétude. 21 octobre 2009 Konstantin Stanislavski ( 1863-1935) - Les interventions de Blanche Salant sont particulièrement éclairantes dans cette émission. Stanislavski recherche l'état créatif de manière à pouvoir rejouer avec la même intensité, avec subtilité et nuance. Le thème de la réactivation et de la mémoire sensorielle prend un peu trop de place dans l'émission alors que cette pratique éculée correspond au cliché de la méthode Stanislavski. Ce sont plutôt les Américains avec l'Actor's studio qui en ont fait une technique fondamentale alors que cette notion était considérée comme dépassée par ses disciples et par le maître lui-même. 9 septembre Meyerhold - Meyerhold, c'est le corps physique prenant le pas sur les mimiques psychologiques de Stanislavski. L'acteur est un acrobate et le texte est un geste... vocal! Autres émissions : 7 octobre 2009 Jean Vilar, vu par ses partenaires 23 septembre 2009 Edward Gordon Craig ( 1872-1966), père de la marionnette
Repost 0
20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 00:00
Dans son livre Souvenirs et notes de travail d'un acteur, Charles Dullin au milieu du siècle dernier, élève de Copeau, décrit ce qu'il entend par méthode d'improvisation. La description de sa méthode occupe une place importante dans son court livret. La première partie est purement sensorielle. Il cherche à éveiller l'écoute, les capacités d'observation...

1. La voix du monde - les cinq sens

Combien d'acteurs savent « écouter »? C'est au moins aussi important que de savoir parler. Les exercices d'impro vont ouvrir les yeux de cet élève sur une des lois fondamentales de notre art dont la méconnaissance est à la base de toutes ces gau­cheries ; ressentir avant de chercher à exprimer, « regarder « et « voir » avant de décrire ce qu'on a vu, « écouter » et « entendre » avant de répondre à un interlocuteur. Regardez un paysage... Suivez le vol d'un oiseau dans l'espace. Observez un. insecte... Ecoutez des cloches, au loin. Ecoutez le pas de quelgnffÉjà qui se rapproche de vous. Sentez un parfum agréable. Respirez l'air frais du -matin. Sentez une odeur désagréable. Eprouvez la chaleur de i*eau avec votre main. Touchez une étoffe rugueuse. Savourez un fruit que vous cueillez à ù« arbre Goûtez des vins de différents crus. Buvez un breuvage amer. Il développe ensuite des exercices de mémoire sensorielle

2 De la voix du monde à la mémoire sensorielle

Mais voilà que ce paysage que vous regardez, évoque un souvenir d'enfance et vous entrez dans une mélancolie passagère. Ces cloches que vous entendez vous rappellent le glas des funérailles d'un être cher. Ce parfum que vous respirez vous pensez à le donner à une amie, etc.. « La Voix du Monde » va faire surgir la voix qui vient de l'intérieur de l'individu que nous appellerons « Voix de soi-même Il propose ensuite des exercices d'improvisation de complexité croissante mettant l'acteur en situation.

3. Impros de Situation

Il est important d'éviter la crispation qui vient le plus souvent de la préocuppation que l'acteur a du public. L'élève alors ose. Cet exercice d'ensemble permettra d'ouvrir: les yeux, de l'élève sur une foule de problèmes: la décontraction musculaire, la marche, l'attitude, le rythme, le regard qui après avoir scruté le monde extérieur se tourne vers le monde ïntérieur. 1° Deux amoureux arrivent sur scène ; ils marchent tendrement enlacés ; ils respirent la confiance, la joie intérieure sans mélange ; tout est beau autour d'eux. Us viennent s'asseoir sur un banc adossé à un grand mur nu. 2° Derrière ce mur imaginaire il y a la cour d'une prison. Des prisonniers, conduits par un gardien viennent y tourner en rond. (Silhouettes des prisonniers, du gardien, atmosphère.) 3° Les amoureux s'aperçoivent du lieu où ils se trouvent. 4° La ronde continue. 5° L'homme monte sur le banc pour regarder par­dessus le mur. Impression pénible qui se communique à la jeune fille, sans qu'elle ait osé regarder. 6° La ronde continue, sinistre. 7° Cette détresse humaine rapproche un instant les amoureux, un peu plus encore, mais elle jette sur leur joie un voile de tristesse. Tout s'enlaidit autour d'eux. Ils s'éloignent silencieux. La ronde continue... Un des prisonniers tombé, exténué. Les autres s'arrêtent. Regard hostiles envers le gardien. Fin.

4. La découverte du monde

Des exercices comme "découverte du monde" aide l'élève à se libérer. Avec l'impro, l'élève va mettre en jeu son propre rythme. Il comprend que le rythme vivifie l'immobilité même. Efforcez-vous d'oublier le plus possible votre corps et sa pesanteur. Etendu par terre, le visage couvert d'un demi masque, décontractez-vous en recherchant l'anéantissement total. Un souffle léger frôle votre visage, court sur votre corps ; vous ouvrez les yeux et vous « découvrez » le monde ; le ciel, la terre, la végétation... Selon votre tempérament vous éprouverez une sensation de plénitude, de joie ou de force, ou même encore de terreur ; vous vous dresserez sur vos jambes encore lourdement rivées au soi ; dans le ciel passent des nuages ; c'est! l'envie de les atteindre ou la crainte du mystère ; Vous voyez une fontaine, vous en approchez ; l'eau vous renvoie votre image ; vous voulez saisir cette image, l'eau fuit entre vos doigts... Le soleil se montre et vous éblouit... Le sang qui circule dans vos veines, la vie que voua sentez en vous vous poussant à des réactions phy­siques violentes, vous vous arrachez à la terre et vous improvisez une danse... Le travail avec des silhouettes d'animaux. Il prolonge avec le masque qui dépouille le comédien de ses artifices, le "dépersonnalise" en quelque sorte. Dullin réalise pour la première fois l'exercice ci-dessous avec Antonin Artaud.

5. Les animaux et le masque

Vous êtes obligé de traverser un torrent de montagne. Vous luttez contre le courant. Vous avez trop présumé de vos forces, le courant vous emporte. Vous luttez, désespérément, vous perdez pied. Vous vous noyez. » Dullin conclut ainsi : Les disciplines collectives qu'impose le travail « d'improvisation » en même temps que la culture individuelle sont d'excellents moyens pour préparer l'instrument favorable à l'éclosion d'un mouvement théâtral moderne.
Repost 0
15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 00:00
Au début du XXième siècle Jacques Copeau (le Stanislavski français) décide de créer une école de théâtre nouvelle et innovante..."Nous voulons former des comédiens complexes auxquels rien de leur art ne soit étranger, aptes à toute exigence de leur métier, des comédiens qui soient en même temps, comme les Italiens du XVIème siècle , chanteurs, danseurs, musiciens, jongleurs, acrobates, et même improvisateurs." Cette école influencera durablement le théâtre français. L'improvisation est une des pierres de touche de l'enseignement :"Mais l'improvisation est un art qu'il faut apprendre. L'art d'improviser n'est pas seulement un don. Il s'acquiert et se perfectionne par l'étude. Il florissait en Italie et en France, il y a plusieurs siècles. Est-il complètement mort et pouvons-nous le ranimer?" En échangeant avec Jouvet, il propose la technique suivante basée sur l'improvisation calquée sur un style comme celui de Molière: "On leur retire le texte de dessous les pieds comme un escabeau - pour voir ce qu'ils savent faire." Charles Dullin tâtonne lui aussi de son côté et décrit cette technique ainsi:"Je lui fais lire une scène de Molière. Et lorsqu'il l'a lue deux ou trois fois, au lieu de lui faire répéter le texte, je lui fais jouer le personnage avec un texte à lui; les mots lui viennent naturellement et je crois que c'est là un excellent moyen de développer ce goût de l'improvisation, en le nourrissant d'une matière première qu'il brode à sa fantaisie"
Repost 0
20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 00:00

On écoutera l'émission consacrée à Stanislavski animée par Marie-Christine Autant-Mathieu auteur du dernier livre en français sur Stanislavski. Les archives soviétiques s'ouvrent peu à peu et Stanislavski est encore à découvrir. Elle insiste sur les errements multiples qui affranchissent le système stanislavskien de toute attitude doctrinaire et bien d'autres choses...

Repost 0
10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 00:00

On consultera sur youtube cette intéressante vidéo en trois parties sur l'histoire du match d'impro au Québec

Résumé graphique de l'histoire de l'improvisation théâtrale présentée dans le manuel d'impro
Histoire de l'improvisation théâtrale
Repost 0
10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 00:00
Le match d'insultes est-il l'ancêtre du "Battle de Vannes"? On trouvera ici un enregistrement d'un match d'insultes et une présentation des joutes oratoires au Tibet.
Repost 0
30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 00:00
Michael Chekhov s'est formé avec Stanislavski. Il avait une imagination foisonnante et a très tôt rejeté l'hypothèse de Stanislavki sur la mémoire sensorielle. Hypothèse qui consistait à aller chercher dans ses souvenirs les émotions passées pour pouvoir s'en inspirer ou les reproduire sur scène. Il a construit une véritable mécanique de construction du personnage basée sur l'imagination et le corps et non pas sur la mémoire affective. Il propose l'exercice suivant qui, cette fois, utilise la mémoire de l'acteur : se souvenir de son dernier rêve et inventer un style théâtral à partir de celui-ci.
Repost 0

Présentation

  • : Improse
  • Improse
  • : Christophe Tournier, auteur du manuel d'improvisation théâtrale, vous fait partager ses explorations dans le monde merveilleux de l'improvisation théâtrale.
  • Contact

Recherche