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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 16:17

La rudesse est une sensation fréquemment discutée. Les joueurs en entrant en jeu s'attendent à un échange mutuel et équilibré entre les improvisateurs, ils sont déstabilisés lorsque l'équilibre entre les participants leur semble mal réparti, lorsque leurs propositions sont déniées. Il arrive que les deux acteurs partagent cette perception et se rejettent mutuellement la responsabilité de ce comportement. Le joueur ressent de l'amertume et ce sentiment est de nature à diminuer la qualité de sa prestation. Il est parfois difficile d'analyser avec objectivité une improvisation où affleure la rudesse. Qui a commencé? Etait-ce vraiment de la rudesse? Justifiée ou non, cette impression plonge malheureusement le joueur dans le jugement. Il existe une différence ténue entre le jugement porté sur les autres et le jugement de soi. Nous allons réfléchir à quelques façons de conjurer cette sensation qui, en appelant à la réflexion critique et à l'esprit logique, annihile la spontanéité.
La première technique envisagée pour conjurer la sensation de rudesse, consiste à ne pas en prendre ombrage. Le joueur A face au joueur R (supposé rude) fait le gros dos et laisse faire. Il se dit que son tour viendra. Si sa proposition est refusée, il n'insiste pas, ne la redouble pas. Celle-ci est déjà tombée dans les oubliettes de l'impro. Il suit avec détachement. Le spectacle ne se réduit pas à une seule impro et l'équilibre se fera sur les impros suivantes. Le public veille lui-même à cet équilibre. Quand bien même, si le public ne semble pas par ses votes respecter la balance, il vous sera toujours reconnaissant d'avoir laissé s'exprimer l'équipe qu'il lui semblait préférer. Si le joueur R occupe délibérément le terrain en laissant peu de place à A, il vaut mieux, là encore, ne pas chercher à forcer le passage. A peut suivre (51 Double miroir), en rajouter par la répétition (61 Passage de relais). A lâche du lest, il ne contre pas le joueur R et lui laisse le champ libre. Il ne se crispe pas en commencant à se dire, " je n'arrive pas à en placer une ". A peut continuer à adopter une attitude d'acceptation (98 Oui-Oui) voire de suracceptation (99 c'est génial). Il peut même adopter un profil plus bas et ne pas hésiter à servir la soupe à son aîné, (158 Le clown blanc et l'auguste/L'aîné et le cadet) il n'hésite pas si nécessaire à montrer son admiration envers le joueur R. Il sait qu'adopter un profil bas dans une impro laisse augurer un basculement en fin d'impro. Au spectacle, c'est toujours l'auguste qui obtient les faveurs du public face au clown blanc, son aîné.
Si le joueur R s'affiche comme particulièrement désobligeant en roulant A dans la farine, il convient de ne pas s'y arrêter. Cette attitude n'est pas du ressort de A, elle est plus une projection des tourments du joueur R et de sa relation face au jeu. S'y arrêter entraînerait le joueur A dans son propre jugement et serait donc de nature à donner raison au joueur R, qui aura réussi finalement à se mettre en lumière en déstabilisant définitivement son partenaire.
Autre solution. Elle est plus complexe et consiste à ne rien laisser passer : "Comment, c'est comme cela que tu me traites, moi qui...?"  A se fonde sur les sentiments qu'il éprouve pour relancer l'impro, (102 en t'écoutant, je ressens). Il peut aller plus loin en jouant le conflit. ( 110 Chien et Chat). On a peu l'habitude d'affronter les conflits directs en match d'impro. "Tu ne cesses de me faire des reproches, mais toi aussi tu ferais mieux de te regarder dans la glace?" Le conflit nécessite de gérer l'acceptation au niveau du jeu de l'acteur et non au niveau du signifiant. C'est casse-gueule, car les joueurs A et R ne sont pas arrivés à se mettre d'accord au premier niveau. Faire silence est une bonne solution (79 Actif et immobile). S'immobiliser, faire partager son expérience avec les yeux. Le regard au public permet de maintenir le contact avec celui-ci. (60 Les yeux pour témoins). Exercer une activité. (74 Manipuler des objets à portée de main).
La rudesse est le manque de politesse de l'impro. Une fois que les règles de politesse sont connues et acceptées, on peut les oublier, car on peut supposer qu'elles font partie de l'ADN du joueur. Il est bon de préjuger son partenaire comme parfaitement apte à diriger le jeu, de lui prodiguer toute sa confiance et de considérer que ce qu'il fait est parfait. (99 C'est génial).

Ainsi, une autre façon d'aborder la rudesse, c'est de nier totalement son existence. Si cette notion est à discuter, elle le sera après le spectacle seulement. Le concept de rudesse serait donc absent, par définition, pendant le spectacle d'impro.
Si A entre en vieil homme et que R le prend pour son fils ou si R l'appelle Martha, A endosse le plus rapidement possible ce nouveau déguisement offert par à la providence de l'impro. Laissez-vous imposer des contraintes avec jubilation. Il existe de nombreux exercices d'adaptation à celles-ci. (31 Le tiroir à personnages) (156 L'aboyeur). A endosse chacune des propositions qui lui sont faites avec enthousiasme. Il accepte. Sans entrer dans le jugement. Le public est très réceptif à ces moments où le joueur est obligé de s'adapter à l'instant aux contraintes extérieures contraires à sa première intention.
En résumé pour conjurer la rudesse et l'amertume qui l'accompagne :

  • Accepter et suivre en attendant son tour de briller.
    • Suraccepter.
    • Adopter l'attitude du " cadet " admiratif.
    • Faire partager son expérience avec le public en étant immobile ou en exerçant une activité.
  • Nier l'existence de la rudesse.
  • Endosser immédiatement, avec jubilation, toute proposition externe.

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Published by improse - dans Scène - Théâtre
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