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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 21:22

J'ai passé une très belle soirée à Vidy pour voir Hamlet. Si je pouvais, j’y retournerais une deuxième fois, histoire de revoir nombre de subtilités qui ont du m'échapper. Ostermeier est un metteur en scène à la fois ludique et toujours assez rigoureux par rapport au texte. Il a poussé dans ses retranchements l'interprétation du texte d'Hamlet et le jeu de celui-ci. Son parti pris me semble être le suivant : Hamlet simule la folie, mais la folie prend possession de lui. Son simulacre sans rémission lui devient la seule voie possible. Ainsi, il y a peu de différence entre ses moments de lucidité et ses dérives. Cette interprétation nous prive d'un jeu de Hamlet plus contrasté entre folie feinte et lucidité. Néanmoins elle permet à l’acteur de laisser libre cours à une certaine spontanéité et d’interpeller le public. Il suit une femme sortant de la salle avant de réapparaître un peu plus tard en annonçant qu'elle est enceinte. Hamlet est déjà, dès la première scène tout aussi excessif que dans les dernières. (Les silences permettent au public de reprendre parfois pied et de jouer sur le rythme de la pièce.) Malgré ce choix, un peu réducteur, la mise en scène nous fait découvrir une interprétation à la fois innovante et respectant la forme du texte.

  • Nous sommes dans un monde totalitaire où le pouvoir semble omniprésent à travers surveillances et décisions arbitraires…
  • Le monologue « être ou ne pas être » est une parodie des discours de Hitler (avec son accent autrichien) avec un acteur se balançant entre les chaînes du rideau de scène. Il sait qu’il est épié et il en rajoute…
  • Tout en étant odieux avec Ophélie, avec forces mimiques, il lui demande pardon pour ce qu’il est en train de faire, sachant que ses ennemis sont en train de l’épier.
  • Polonius est à la fois drôle et détestable.

Ostermeier fait beaucoup avec peu. Par exemple, le roi s’exprime en public avec un micro pour marquer la solennité de son discours. Les changements de personnages ou les procédés de jeu ne sont jamais dissimulés au public : nettoyage, remaquillage… Ce que Hamlet n’arrive pas à dire parfois, il le montre en désignant le prompteur affichant la traduction. Nombre de scènes restent mémorables :

  • La scène initiale longue et entièrement muette.
  • Les interventions poignantes d’Ophélie. (Ostermeier pense qu'Hamlet commet l'erreur de croire qu'Ophélie est une ennemie)
  • Le théâtre dans le théâtre : parodie d’un théâtre glauque avec des acteurs travestis, nus et très moches.
  • La scène du duel
  • Les clowneries d’Hamlet
  • Les astuces pour ne jouer cette pièce qu'avec 6 acteurs

D’un point de vue du puriste :

  • Le jeu flamboyant d’Hamlet efface peu à peu celui de ses partenaires ; le roi surtout...
  • Laërte comme à l’habitude est un personnage un peu fade, alors qu’il devrait se conduire comme une star. Il est à l’égal d’Hamlet.
  • Les scènes des fossoyeurs et de Polonius demandant à Reynaldo d’espionner Laerte sont coupées (pour tenir en 3h).
  • Pour Ostermeier, Hamlet se méprend sur l’identité de celui qu’il tue et assassine Polonius en le prenant pour un rat. (version la plus classique)


Les plus grands metteurs en scène sont excessifs (Strehler, Ostermeier, Fomenko...) . Ils chargent leurs personnages, ils font maintes clowneries au cœur des moments dramatiques. Ils osent tout.

Ils se moquent de nous en vantant leur sérieux dans les doctes émissions de radio, mais ils sont capables de transformer la plus sérieuse des pièces de Tchekhov en une suite de loufoqueries ininterrompues.

Nous avons parfois, improvisateurs, le sentiment d'en faire trop. En voyant ces pièces classiques, je me demande si nous ne jouons pas avec plus de boulets aux pieds qu'il nous en paraît.

(Voir ici même une critique de la pièce sur le blog d'un passionné de Hamlet et qui défend la thèse d'un suicide programmé de Hamlet).

Lors du débat avec Thomas Ostermeier qui a suivi la représentation, celui-ci a parlé de son film "Hamlet en Palestine". Si le monde d'Hamlet nous paraît éloigné et schizophrénique, à nous européens, ce n'est pas du tout le cas en Palestine oú chaque garçon a fait au moins un bref séjour en prison. Les difficultés éprouvées par Hamlet sont significatives pour n'importe quel palestinien pris en étau entre les relations tribales de la société, les autorités palestiniennes et la pression constante des Israéliens.

Lars Eidinger dans Hamlet

Lars Eidinger dans Hamlet

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Published by improse - dans Scène - Théâtre
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syl 15/06/2014 23:10

Que vais-je lire cet été? pourquoi pas un livre fraîchement sorti de ma caboche et des presses de chapitre.com

Chez Yaughan, Une mise en pièce d'Hamlet en cinq passages à l'acte.

Vous n'y rencontrerez que les personnages secondaires de Shakespeare,
Du verbe mâchouillé sauce Yaughan servi dans un crâne
L’illégitimité d’Hamlet en guise d’intrigue
La passion de l’escrime et
Du théâtre dans le théâtre

Vous n'allez pas en croire vos oreilles!

Sylvain Couprie
(merci pour le lien vers mon blog http://horatio.hautetfort.com)

ISBN – 979-10-290-0042-3
140 pages
Format 150x230 mm
Prix : 14 euros
Date de première parution : 10 juin 2014


Disponibilité de ma pièce de théâtre, cliquez sur ce lien :
http://jepubliemonlivre.chapitre.com/theatre/2232-chez-yaughan-sylvain-couprie-9791029000423.html

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